dimanche, avril 08, 2007

Cousinage

En posant mon regard sur une pièce de monnaie locale, j'ai découvert une bien curieuse analogie. Alors que le pays est comme la Belgique en proie à une vague d'autonomie de la région la plus riche, dont j'ai sous-traité la narration au site lemonde.fr, je m'apercois que ces fameux "bolivianos" reprennent une phrase bien connue en Belgique : "L'union fait la force".

Deux jours après la vrai-fausse annonce télévisée de l'éclatement de la Belgique, Santa Cruz était le théatre d'une manifestation géante en faveur de l'autonomie. Malgré le climat d'agitation du pays, et après qu'on nous aie renseigné sur le caractère festif du rassemblement, nous sommes allés au le rond point "del cristo", où un énorme podium avait été installé. Notre promenade dans un tel événement était en fait un peu moins risquée en pays camba qu'en pays colla où règne la culture indigène. Je rapporte par ailleurs ces éléments avec quatre mois de retard, instaurant une sorte de prescription quant à l'angoisse familiale.

La manifestation "Autonomia, si..." du 15-12-06 était une grande fête, que nous avons quitté avant que les "borrachos" ne se manifestent trop. Ce rassemblement représentatif de la vie Crucenienne s'opposait à l'action politique d'"Evo", à l'exception de "sa nationnalisation" des réserves de gaz. En plus des revendications autonomistes, le panier des doléances était essentiellement rempli par l'assemblée constitutionnelle, promesse électorale d'Evo l'indigène à ses troupes. Les Cambas n'y sont pas opposés mais refusent logiquement que la constitution soit modifiée à la majorité simple. Ils critiquent également le manque d'ouverture et de dialogue du gouvernement. A l'instar de trop d'exemples historiques, le gouvernemet bolivien actuel donne parfois l'impression de vouloir accaparer le pouvoir au nom du socialisme. Devant la foule arborant des miliers de T-Shirt"Democracia" et "2/3" aux couleurs de Santa Cruz et agitant des centaines de drapeaux verts et blancs, la musique et la fête étaient les invités d'honneur, orchestrés par le présentateur vedette d'une grande chaine télévisée. L'assemblé écoutait les chants traditionnels, les rythmes de la chiquitania, s'amusait des parodies et balourdises à sens unique. Juste après les avoir fait reprendre en choeur "Soy de Oriente, si señor..." chant à la gloire de la principale équipe de foot locale, et avoir fait crier l'hymne de l'équipe concurente, Blooming, l'animateur, professionnel de l'événementiel et de la manipulation jouait la réconciliation et faisait crier au peuple crucenien sa haine du président. Un peu plus tard, un prêtre montait sur scène pour annoncer une action de bienfaisance au profit d'enfants sans abri, n'ajoutant pas de propos politiques, mais arborant un grand drapeau "Autonomia, si..."

Le sépratisme s'est implanté et paraît intégré dans la culture. Les ouvriers, les innombrables chauffeurs de taxi en parlent comme d'un remède vers plus de ressources. Ils discourent avec véhémence, s'emportent; certains se sont battus. Il nest pas nécessaire cependant d'être expert politique pour comprendre qu'ils ont moins à y gagner que ceux qui les mobilisent. L'éducation, l'influence s'allient aux "peones", ou les utilisent. Ici comme ailleurs, sans un mimimum d'encadrement, l'argent fait la force, la force fait l'argent. Il semble heureusement que les rumeurs de guerre civile que l'on entendit à cette époque se soient tues. Le gouvernement s'est rendu à l'idée qu'il était obligé de faire certaines concessions s'il voulait continuer à dirriger ce pays tellement facile à paralyser. La mentalité guerrière n'est pas une habitude et, comme me le faisait remarquer un chef d'entreprise locale, l'une des grandes chances de la Bolivie est qu'elle soit presque totalement dépourvue d'armes.