Pascual

lundi, mai 15, 2006

Un peu plus loin que le bout de la route

Lundi 04h30, Ivochote. Etablis au mieux sur les sièges d'un vieux bus, nous profitions de la derniere heure d'obscurité avant l'éveil de la ville et après le trajet nocturne accompli sur l'une des pires pistes. Le bus s'emblait y trebucher, se reprendre, et buter un peu plus loin sur une ornière ou une traversee de rio, désaxant meme un essieu ressoudé plus loin. Les chocs, les coups de klaxon à chaque virage et les craquements de la boite à vitesse me maintenaient éveillé, mais abattu, courbaturé, bourru. Lors des nombreuses joutes entre le chauffeur et sa premiere vitesse, j'esperais dans mon demi sommeil que le bus doive s'immobiliser, permettant quelques dizaines de minutes de repos. Le bus était maintenant arrêté, rangé à la suite des autres sur la voie de terre descendant à son terme, le pont piéton suspendu traversant le rio Urubamba et menant à Ivochote.

Au bord de cet affluent de l'Amazone, la ville piétone a des allures de western du bout du monde. A deux pas de la pricipale rue terreuse, d'une centaine de metres et traversée par des ruisseaux, se sont deployées les habitations d'adobe. Le ciel y est bas, la température moyenne, l'atmosphere grise. A 06h00 (AM!), les odeurs de petit dejeuner "riz-poulet" provenant de la seule cantine fréquentée nous accueillent. C'est l'unique gargote à posséder un groupe éléctrogene et une télévision. Le soir, les habitants s'accoudent à son muret extérieur pour suivre jusqu'à environ 21h00 les actualités des idoles peruviénnes, blanches. Après, la ville est dans le noir.

C'est la region de la famille de Yuri, le jeune gérant de notre petite auberge qui aimerait developper une activité touristique. Pour pas cher, mais sans vraiment d'organisation, il nous entraine avec Xavier et Vincent sur les sentiers de la "Selva", la forêt, pour visiter ses oncles. Ils y cultivent café, cacao, bananes, oranges, papaye,... Auprès des dindons, poules, cochons et chiens galeux, sa tante nous invite à manger le plat soupe, a côté des cochons d'inde, élevés entre les casseroles ou ils finiront.
Nous l'indemnisons enuite; ici, peu de choses sont gratuites, même le stop, et même pour les locaux.
Au détour d'un sentier de montagne humide, et à plusieurs heures de marche de Ivochote, nous découvrons une école. Avant de faire une petite partie de foot, les instituteurs qui y resident nous expliquent que les élèves provenant de tout un versant ne peuvent la fréquenter les jours de trop grosse pluie car les ruisseaux ne peuvent alors plus etre traversés.

Le lendemain, nous descendons le rio Urubamba en direction de Timpia dans une des longues pirogues à moteur du "Parrain" d'Ivochote, également proprietaire du restaurant et qui a eu la bonne idee de baptiser son entreprise "Señor Huanca", sorte d'idole sacrée locale. La fin du voyage retour se fait dans la nuit. Pour se payer plus, le pilote a multiplié arrêts et détours. Heureusement, a la tombee de la nuit, les passages les plus dangereux etaient traversés.

Durant ces excursions, Yuri, qui "nous avait promis l'enfer de chaleur, humidite, moustiques", nous a fait découvrir la richesse de la nature locale : toucan, perroquets, aigles, oiseaux de toutes sortes, singes, arbres a fourmis enormes, tarentule,... Xavier a meme deloge deux scorpions, sans gravité, et j'ai fait la connaissance rapprochee du dard de deux abeilles demesurees. Selon Yuri, il y aurait des crocodiles dans le fleuve, et aussi des sirenes, que personne n'a vues, et qui seraient blondes a coup sur. Mais l'animal objet de toutes nos attention était le moustique, vecteur possible de malaria et occasion d'une competition entre prevention à l'européene et répulsifs locaux. La pharmacopée de ces derniers prévoit le lavage au savon noir et le badigeon à l'alcool. Resultat : 20 piqures en une heure pour notre guide amateur, qui s'est ensuite converti aux remèdes occidentaux.

Les autres souvenirs les plus marquants de ce voyage à l'extremité de l'artère, au commencement du poumon vert, prennent l'image de notre accompagnateur, animé par l'obsession de se differencier physiquement des indigenes; son rapport assez proche à l'argent, comme beaucoup de commercants péruviens qui se "trompent" en rendant la monnaie; les nuits sous un baldaquin en moustiquaire; et le manque d'éducation a l'écologie. Sur les chemins et dans les transports en commun, les natifs jettent bouteilles en plastique, embalages,... Très peu utilisent les rares poubelles. A la réflexion, difficile de les accuser. En plus de l'absence d'iniciation au problème, ils apercoivent comme nous, au bord des routes, les décharges sauvages qui pululent, souvent dans les tournants. Là où les camions effectuant le ramassage peuvent plus facilement reculer et déverser le contenu de leur benne.

vendredi, mai 05, 2006

"Je paie donc j'exige"...

Menton en éclaireur, pose de reporter d'aventure, blanc-bec filme. Pull en laine beige, col en "V", chemise bleu clair, pantalon blanc et chaussures noires, notre homme d'action au corps gauche, au physique de golfeur de bureau s'impose, s'immisce, court, se poste devant la procession, s'introduit dans un cercle de danseurs, se glisse entre deux croix, bouscule le vieux Peruvien qui sous son chapeau était charge d'interdire l'entrée au clocher... Il lui faut du vu de haut, du coloré, du pitoresque, du spectaculaire. Du spectaculaire...

C'est que maintenant qu'ils peuvent se permettre l'achat d'une caméra haut de gamme, certains occidentaux tout juste descendus de leur autocar climatisé et présents à cette fête des croix se prennent pour une équipe de télévision à eux seuls. D'autres se servent de l'apareil photo pour justifier leurs attitudes de journalistes. Comme ce car d'Anglophones du troisième âge, arrivés à la fin de la messe de la fête des croix de Chinchero, trouvant normal de se poser au premier rang de la "haie d'honneur" guidant les croix. Supplantant les villageois pour profiter de l'occasion d'une fête indigène. Au prix où les agences vendent le tour, il ne faut pas hésiter. Pas de scrupules, les meilleures places doivent être comprises dans le billet. Et peu importe la relation avec les locaux, du moment qu'il y ait des trophees photographiques a rapporter.

Face a l'irrespect d'individus, les Sud Américains réagissent peu, mais certains risquent évidemment de globaliser, d'attribuer à des groupes, ou aux touristes en général, des attitudes de personnes. Dans certains hotels par exemple, les receptionnistes demandent la nationnalite des arrivants. Leur réponse à la notre s'apparente parfois à "Ah...Ca va. Parce que les Israéliens (qui pour beaucoup voyagent en Amerique Latine apres deux ans de service militaire...) ne sont pas les bienvenus."

Dans un autre contexte, je repense à certains de ces petits patrons de tous les horizons au regard étroit, nouveaux noblions, profitant de l'avantage de leur argent, rappelant a leurs subordonnés, sous-traitants,... la supériorite et les "droits" qu'il leur confère, en dehors de ce que la relation humaine saine permet. Dans ces cas, parsemés, comme a Chinchero, l'idée du pouvoir du plus riche règne sans véritable contre pouvoir. Au Pérou, une question me vient a l'esprit, qui serait surement légitime aussi en d'autres lieux. Pour cerains de ces blancs, toute idee de colonisation est-elle revolue?

Cuzco, vallée sacrée et...

...Et pas Machu Pichu! Comme plusieurs de nos confrères voyageurs à moyen terme, nous avons choisi de boycoter le marketing unique de M. Pichu, et surtout le monopole de la compagnie de train qui y conduit, filiale de "Orient Express", et seule voie d'accès depuis Cuzco, hors détours importants. A cette excursion d'un ou deux jours, et à budget inférieur, nous avons préféré les alentours de Cuzco et le tour de la vallée sacrée des Incas, chargée d'histoire. En colectivo local bien sur, pendant une semaine; l'idée d'un tour organise, survolant les siècles en un jour entre cameras impudiques me retournant plus l'estomac que les odeurs de coca, de pourriture et d'animaux des bus locaux. Voici donc l'exposé d'un périple pierreux, inventoriant les cailloux, un peu rébarbatif peut-être. Mais où, sur les viellies pierres heureusement, et comme en reponse aux batiments coloniaux sur soubassement inca, une culture hybride s'est développée.

Les hauteurs de Cuzco, "Nombril (du monde)" en langage quechua, ville naissance de la civilisation inca, offrent les ruines les plus concentrées, bien que pillées par les Espagnols pour construire la cité coloniale et détruire les symboles de force de l'ancien pouvoir. Sur quelques kilomètres, se répondent les vestiges de la triple muraille de Sacsayhuaman (photo), forteresse ou lieu de culte aux pierres polygonales parfaitement ajustées; le fascinant lieu de sacrifice et d'oracles de Qenko, ayant adopté les particularités naturelles du site(tunnel naturel,...); le centre supposé d'apprentissage et de "magnétisation des futurs cadres" incas, ou peut-être centre administratif, de Puca Pucara et les bains-dortoirs deTambo Machay. Ente forteresse, sanctuaire, palais de l'Inca, ou lieu a la fonction inconnue, ces lieux rappelent le haut degré de hierarchisation, la forte organisation et l'importante administation de cette société guerrière, cruelle et barbare bien que très cultivée et subtile. Certains historiens avancent même que ces travaux auraient pu servir a homogéneiser les peuples vaincus.

Pissac apparait un bond de colectivo plus tard, gigantesque ensemble accroche a la montagne, entouré de cultures en terrasses descendant jusqu'a la vallee. Apres le sanctuaire et son rangement a momies, le village du haut et celui des agriculteurs, un sentier taille dans la roche, dérobé a la vue du bas, puis un tunnel naturel mene aux temples du soleil et de la lune, dissimulé dans la nature. Cet ilot de culte (photo) à l'appareillage de pierres parfaitement taillées, aux murs légèrement inclinés vers l'intérieur pour présenter une meilleure résistance aux seismes, serait au dire des guides l'un des chefs d'oeuvres de l'art constructif inca.

Plus loin dans la vallée, le village de Ollantaytambo et sa forteress-temple representent l'un des derniers bastion de résistance de l'Inca à l'Espagnol.

Apres une halte à Urubamba chez Yvan, chouette tenancier de cyber-restaurant-cafe qui rêve de découvrir l'Europe, nous embarquons pour un voyage en Toyota Hiace local emportant 17 adultes, 8 enfants, et une douzaine de poulets encore fringants pour un temps.

L'emphitheatre de Moray apparaît monumental, dramatique. Selon les guides, il ne s'agirait pourtant que d'un laboratoire d'étude des effets de l'altitude sur le rendement des différentes cultures. Un élément vient cependant me perturber : la difference d'altitude entre les terrasses extremes est d'environ 40 metres, alors que les environs immediats du cirque presentent des deniveles de plusieurs centaines de metres...
Tout aussi sculpturales et intégrées au paysage, les salines pre-inca étagées en pied de montagne sont formées d'une combinaison de 3500 bassins aux formes variées, aux murs en pierre, retenant l'eau chargee de sel, l'evaporant et permettant ensuite la recolte du precieux sel par la coopérative. Un des paysages les plus marquants, bicolore, de nature arrangée, en terre, sel et eau.

Lieu de passage eclair des excursions rentrant à Cuzco, et rallie en fin de journee, Chinchero parraissait glacial, tous comedors fermés. Sortant de l'auberge un peu moroses, à la recherche d'un bar local et dans l'espoir d'une rencontre, nous tombons des la porte fermée nez à nez avec un petit bonhomme et sa famille, sorte de bibendum orange. Parlant de la petite fanfare qu'on entend, Domingo nous apprend que ce 2 mai est jour de fête communautaire, la communauté de "halliopongo" dont il est le président. Paré de son prestige de guide de corporation, il nous invite aux réjouissances. Dans une maison d'abord, et à la chapelle ensuite, veritable foyer communautaire. Prenant grand soin de nous, et malgré nos réserves timides, il nous immisce peu à peu au centre de l'assemblee d'une cinquantaine de personnes, nous presentant comme "amigos de Belgica". Entre dégustation de Chicha (alcool de mais fermenté) en jerican, d'alcools artisanaux aux saveurs et ardeurs diverses, de "mates d'abat" (pois), nous apprenons la raison de la célébration : la fête des croix, célébration bigarrée, mêlant religieux, croix protectrices de récoltes, danses traditionnelles, musiques locales et brass band. Les representants d'autres communautes viennent y rendre visite à Domingo, faire brûler de grands cierges artisanaux aux décorations chamarées, se recueillir devant les croix et prendre quelques "tragos", verres d'alcool. En partant, ces autres présidents saluent l'hôte, et les deux Belges, sortes d'ambassadeurs placés à sa droite un peu contre leur gré, les croix prenant place à gauche.

De cet amalgame de rites et de danses, de ce mélange d'espagnol et de quechua, de cette cohue de prieres et de couleurs, de cette assistance ou les "locos" designes par Domingo m'ont paru si nombreux (la faute a la qualite de l'alcool?), je garderai pour moi les seuls souvenirs visuels, sonores, d'ambiance. Face a cette sacralite bariolee, au coeur de la nuit et de la communaute, les photos m'auraient paru deplacées. Le lendemain, la fête prend une tournure plus religieuse et publique avec la procession des croix et la messe de bénédiction que nous écoutons depuis la pelouse de l'eglise. Apres quelques pirouettes des danseurs, coups de fouets de corde, apres avoir joué avec un mioche qui m'embrasse joyeusement les jambes en criant "Gringo...!", et bien qu'invités au diner par notre protecteur, nous trouvons qu'il est plus a propos de laisser Domingo à son rôle de maître de cérémonies. Le tour des vieilles pierres s'achève sur un joyeux chaos de croyances, de musiques, de danses et de cultures.

lundi, mai 01, 2006

La Bolivie nationalise son pétrole

Extraits de www.lesoir.be du 01/05/2006

Le président bolivien Evo Morales a ordonné la nationalisation de tous les hydrocarbures du pays. L'armée a pris le contrôle des champs pétroliers. Le chef de l'Etat a annoncé que les champs d'hydrocarbures passaient désormais dans le giron de la compagnie publique nationale YPFB, [...]. L'Etat récupère la propriété, la possession et le contrôle total et absolu de ces ressources, a déclaré M. Morales, faisant lecture du décret édicté par son gouvernement en vertu de la souveraineté nationale.
Un délai de 180 jours a été donné aux compagnies pétrolières étrangères opérant dans le pays pour régulariser leur situation, à travers de nouveaux contrats d'exploitation. A la fin de ce délai, les compagnies qui n'auront pas signé leurs nouveaux contrats ne pourront plus continuer à opérer dans le pays, a averti M. Morales (premier Amérindien à accéder à la magistrature suprême en Bolivie) qui a misé sur cette véritable nationalisation de l'Etat pour redresser économiquement son pays.

La mesure concerne quelque 26 compagnies étrangères dont Repsol (Espagne), Total (France), ExxonMobil (Etats-Unis), BG Group (Grande-Bretagne), Petrobras (Brésil), implantées dans ce pays, qui détient les deuxièmes réserves de gaz d'Amérique du Sud après le Venezuela [...] et est la nation la plus pauvre du sous-continent, où la misère touche 70% de la population. L'exploitation des hydrocarbures constitue 15% de son PIB. Les compagnies étrangères sont obligées de remettre la propriété et toute la production des hydrocarbures à YPFB, a souligné M. Morales. Le décret impose aussi aux compagnies étrangères une nouvelle répartition des revenus pétroliers, réservant une part de 82% à l'Etat. Cet accroissement de la part de l'Etat doit notamment couvrir le coût de l'exploitation et les investissements, a justifié le président bolivien. La compagnie nationale bolivienne assume la commercialisation, définit les conditions, les volumes et les prix, tant pour le marché intérieur que pour l'exportation, a poursuivi le chef de l'Etat.

Aussitôt après les déclarations de M. Morales, le commandement général de l'armée bolivienne a annoncé, dans un communiqué, que les militaires avaient pris le contrôle des champs pétroliers du pays. Cette mesure a pour but d'"assurer le fonctionnement des structures de production pour garantir l'approvisionnement", remplir les engagements internationaux et alimenter le marché national, précise l'armée qui a salué cette "nationalisation intelligente" qui conduira les compagnies étrangères à des négociations placées sous "les signes de l'équité et de justice".